« Il n’est jamais trop tard pour agir »

Sur son blog, Bruno Gollnisch s’émeut de ma tribune sur les fake news. Réjouissons-nous ! Il m’offre l’occasion de l’illustrer plus précisément.

Après en avoir cité de longs passages – rigueur que je salue – il s’alarme : « le grand remplacement » comptera-t-il parmi les fake news ? Et d’argumenter, chiffres de l’INSEE à l’appui, qu’ « en Île-de-France, 38 % des femmes ayant eu un enfant en 2015 sont immigrées ». Nous passerons sur le raccourci qui lui permet de sauter sans prévenir de la population française à la population d’Ile-de-France, tropisme dont il n’est, hélas, pas le seul représentant. Le « Grand remplacement » est une théorie élaborée par Renaud Camus, qui repose sur trois arguments : la population européenne serait progressivement remplacée par une population venant d’Afrique noire et du Maghreb, ce processus impliquerait un changement de civilisation et il serait soutenu par « l’élite politique, intellectuelle et médiatique ».

Nous pourrions être tentés de réfuter ici ce « Grand remplacement ». Nous nous interrogerions d’abord sur la pertinence des statistiques avancées : être français n’est pas une question d’origine et la République ne reconnaît pas de race. En France, « la patrie c’est ce qu’on aime ». Et après avoir cité Coulanges nous nous émerveillerions à juste titre avec Claudel, dans le vocabulaire de son époque, sur la diversité de la nation française, « résidu de quarante peuplades hétéroclites et de trois ou quatre races disparates ». En somme, nous pourrions ironiser avec Desproges sur cette question que Bruno Gollnisch, lui, prendrait sans doute au sérieux : Voyons voir si Superman ne serait pas un peu métèque sur les bords[1].

Je pourrais répéter ces arguments à l’envi et je le ferai aussi souvent que nécessaire pour abhorrer cette théorie du Grand remplacement. C’est ma conviction profonde et c’est cet idéal de fraternité et d’ouverture à l’autre que défendent la République et les Français qui m’ont élu.

Pour autant, ce n’est pas tout à fait le sujet ici. Ce qui compte, justement, c’est qu’à la question portant sur le point de savoir si le « Grand remplacement » serait classé parmi les fake news, j’ai l’honneur de ne pas pouvoir répondre. Parce qu’il n’y aura pas de liste noire et parce qu’exiger plus de lumière est l’inverse absolu d’un retour aux pratiques moyenâgeuses de la mise à l’Index. Parce que le projet de loi sur les fake news doit avant tout être l’occasion d’un grand débat entre tous les citoyens. Parce que je défends une société démocratique qui veut retrouver ensemble les meilleurs moyens de protéger la liberté d’expression et d’opinion pour chacun, sans que personne ne puisse s’arroger seul l’exclusivité de la scène publique.

A la différence de la thèse du Grand remplacement, dont les contre-arguments ont pu être largement présentés et dont l’auteur et ses intentions sont en fait identifiés, la plupart des fake news taisent leur source et leur objectif. C’est en cela que les fake news sont dangereuses. C’est un écran de fumée qui a le pouvoir de faire varier des cours de bourse, biaiser les élections, empêcher l’existence-même du débat. Elles peuvent parfois mettre en jeu les vies humaines. Les larges campagnes pseudo-scientifiques de désinformation sur les vaccins en témoignent suffisamment. En faisant douter de trop nombreux parents, elles ont en effet entraîné la résurgence d’épidémies et des morts qui auraient pu être évitées, comme la ministre de la Santé l’a récemment rappelé.

La puissance publique a deux devoirs d’égale importance : protéger et assurer l’exercice des libertés pour tous les citoyens. C’est l’ambition que j’ai pour mon mandat, c’est l’objet aujourd’hui de ce projet de loi. Dans ces deux missions, pour répondre à Bruno Gollnisch, je serai assurément toujours zélé. Cryptozélote, jamais.

[1] Eh non : il est breton ! http://www.ina.fr/video/CPC84051075

En réponse à l’article de Monsieur Bruno Gollnisch: https://gollnisch.com/2018/01/24/plus-tard-ne-pensez/