Discours Cyber Election Stress Test: Are We Prepared for the Worst?

Discours Cyber Election Stress Test: Are We Prepared for the Worst?

Je veux tout d’abord vous remercier pour l’invitation et vous dire que je suis très honoré d’être parmi vous aujourd’hui.

A la question portant sur le point de savoir si, en la matière, nous sommes préparés au pire, je vous répondrai assez franchement et directement que, non, mais que nous avançons dans la bonne direction et que nous devons accélérer.

Le simple fait que la Commission européenne rassemble aujourd’hui les experts que vous êtes et les responsables publics européens que nous sommes est un élément qui doit nous rassurer sur l’idée que l’enjeu démocratique dont il s’agit fait désormais l’objet d’une prise de conscience généralisée d’une part et que l’urgence d’agir ensemble doit devenir notre cap d’autre part.

Nos nations ont été bâties, en termes d’institutions et de régulations, dans un monde et une époque qui n’existent plus.

L’accélération des mutations technologiques, l’accélération de la digitalisation vient percuter l’ensemble de nos paradigmes historiques.

Le numérique n’est déjà plus une révolution, c’est encore moins un secteur d’activité,

c’est en réalité le nouveau contrat social.

Il impacte chacune de nos sociétés sur la nécessité de repenser les modèles :

la façon dont on travaille, la façon dont on produit, dont on distribue, dont on consomme, la façon de se soigner, la façon de s’éduquer, de grandir avec l’école et la culture, de se former, de se déplacer, de se loger, d’appréhender la consommation, la distribution et le stockage d’énergie, d’imaginer les nouvelles villes et les nouveaux territoires, de bouleverser  le rapport du centre à la périphérie, d’appréhender les mobilités verticales et horizontales.

Le numérique bouleverse aussi notre rapport à la puissance publique, à ses administrations, à ses institutions, à l’information et à l’essence même des processus démocratiques.

Le numérique comme nouveau contrat social refond en réalité le rapport à l’autre, individu ou nation, le rapport au temps.

Et puis le numérique s’affranchit des frontières et nous oblige à retrouver l’essence même du projet européen, celui de la nécessaire et vitale coopération des états européens, celui du niveau d’action pertinent.

Dans ce mouvement d’accélération mondiale, la seule condition de survie de notre modèle, de nos valeurs, c’est la coopération entre Etats frères de l’Union européenne.

L’Europe doit mener ce combat de la souveraineté numérique européenne. Elle est à la fois l’épée et le bouclier dans ce monde multilatéral morcelé en blocs d’intérêts et de coopérateurs.

Et dans ce monde qui s’accélère, l’exposition aux risques cybers explose et c’est la raison pour laquelle nous devons accélérer ensemble et en urgence sur ce combat essentiel de ce début de siècle : la maîtrise de la donnée numérique, la souveraineté numérique européenne.

Et cela peut sembler paradoxal dans ce monde de la vitesse, de l’innovation et de la connaissance, c’est à l’Etat, et à la coopération entre Etats, de retrouver, de redonner du sens à la régulation transfrontalière.

Dans le préambule du contrat social, Rousseau commençait par des mots qui sont d’une actualité troublante.

Il écrivait : « Je veux chercher si dans l’ordre civil, il peut y avoir quelques règles d’administration légitimes et sures, en prenant les hommes tels qu’ils sont, et les lois telles qu’elles peuvent être. Je tâcherai d’allier toujours, dans cette recherche, ce que le droit permet avec ce que l’intérêt prescrit, afin que la justice et l’utilité ne se trouvent point divisées. »

A l’Etat, aux Etats européens d’investir ensemble comme jamais sur le cyber.

A l’Etat, aux Etats européens, de mobiliser toutes leurs filières de formation pour créer les 3 millions d’emplois estimés d’ici 2021.

A l’Etat, aux Etats européens de se donner les moyens de garantir une véritable souveraineté technologique.

A l’Etat, aux Etats européens de prévoir les dispositifs et les cadres de régulation favorisant l’innovation, la recherche, la coopération et garantissant la fin d’une forme de naïveté sur les véritables enjeux et combats qui sont devant nous.

A l’Etat, aux Etats européens de mettre en place les résiliences opérationnelles.

A l’Etat, aux Etats européens d’intégrer dans toutes leurs politiques publiques la dimension de gestion de risque cyber.

Et puis à l’Etat, aux Etats européens de faire le nécessaire pour que les fondements mêmes de notre modèle démocratique, et donc de nos processus électoraux, ne soient pas déstabilisés par telle ou telle puissance qui maîtriserait mieux que nous la donnée numérique et l’influence numérique.

C’est évidemment un combat technique, mais avant tout c’est un combat politique de préservation de notre souveraineté, défensivement et offensivement.

Et la régulation normative ne suffira pas.

L’investissement dans l’éducation et notamment des plus jeunes est déterminante pour garantir cette souveraineté : éducation aux media et au numérique d’évidence ; mais plus largement l’éducation à la culture, l’Histoire, la littérature et la philosophie sont autant d’armes sur lesquelles nous devons miser au niveau européen pour les générations futures.

Le défi est gigantesque mais l’enjeu est encore plus grand.

Le moment que nous traversons est le rendez-vous de nos générations avec l’Histoire.

Le repli sur soi ne peut être une option sur ce sujet comme sur tant d’autres.

Et donc pour répondre à la question qui nous est posée devant vous, non, nous ne sommes pas préparés au pire, mais, oui, il va falloir le faire ensemble et rapidement.

La volonté politique pour le faire a été clairement exprimée et notamment par le Président de la République française.

A nous de mettre ensemble, maintenant et concrètement, mes chers amis, l’Europe numériquement souveraine en marche.