Remise des prix « Ma thèse 3.0 » dans le cadre de l’European Cyber Week

Florian Bachelier était mercredi 21 novembre à Rennes, dans le cadre de l’European Cyber Week, à Rennes pour la remise du Prix « Ma thèse 3.0 ».

Son discours à relire ici ⬇

Amiral,

Mon Général,

Madame la Coordinatrice Sécurité et Défense du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, chère Isabelle Tisserand,

Monsieur le Directeur général adjoint du Pôle Excellence Cyber, cher Patrick Erard,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je suis particulièrement heureux et honoré d’être parmi vous aujourd’hui pour clôturer cette journée.

Heureux et honoré parce qu’il s’agit tout en même temps de cyber, d’Europe et de Rennes.

Je voudrais avant tout vous remercier toutes et tous, spécialistes, experts, professeurs, doctorants, d’être si nombreux au Couvent des Jacobins à prendre de votre précieux temps pour échanger sur ce sujet essentiel qu’est devenu le cyber.

Je crois que la France peut s’enorgueillir de l’excellence des expertises qu’elle a su, en la matière, créer et réunir.

Et c’est la raison pour laquelle, devant cet auditoire d’excellence, je prends quelques instants la parole avec humilité. J’ai entendu cet après-midi plusieurs doctorants nous présenter leur thèse en 180 secondes avec délice et je dois vous le dire, envie.

Avec délice, parce que ce format permet d’extraire une vision claire de sujets a priori techniques et avec envie parce que, je dois vous avouer, confidentiellement, que limiter nos prises de paroles à trois minutes, suscite chez le responsable public que je suis, une idée de partage avec un certain nombre de mes collègues.

C’est la raison pour laquelle je vais tenter d’être aussi synthétique et clair, que vous l’avez été, chers doctorants, pour partager avec vous quelques points de conviction.

Le numérique n’est déjà plus une révolution,

c’est encore moins un secteur d’activité,

c’est en réalité, je le crois profondément, le nouveau contrat social. 

Nouveau contrat social parce qu’il vient percuter l’ensemble des politiques publiques de façon totalement transverse et nous oblige en vérité à repenser l’organisation de notre société.

Le numérique nous oblige à repenser la façon dont on produit, dont on distribue,

dont on consomme, la façon de travailler, de se soigner, de grandir avec l’école et la culture, de se former, de se déplacer, de se loger, de se défendre, la façon dont on appréhende l’énergie, notre capacité à imaginer de nouvelles villes, de nouveaux territoires.

Le numérique vient bouleverser le rapport du centre à la périphérie, les mobilités verticales et horizontales et notre rapport à la puissance publique, à ses administrations, à ses institutions, au service public et à l’essence même des processus démocratiques. Au fond, le numérique comme nouveau contrat social refond le rapport à l’autre, individu ou nation, le rapport à l’espace et le rapport au temps.

Et puis, le numérique s’affranchit des frontières géographiques et nous impose donc de repenser notre souveraineté au seul niveau pertinent qui soit, celui de l’Europe.

En matière politique, cela nous impose collectivement de retrouver le chemin originel du projet politique européen qui est celui de l’indispensable coopération avec nos partenaires pour exister réellement dans un nouvel ordre mondial hybride.

Et si le numérique est le nouveau contrat social, alors le cyber en est un avenant qui sécurise et, à vrai dire, permet l’exécution concrète de celui-ci.

Dans ce contexte, dans le cadre de ce changement de paradigme, je veux vous dire très clairement la volonté politique du Président de la République et de sa majorité : faire en sorte, non seulement, que l’espace numérique européen existe mais qu’il soit la norme, la référence et que dans cet espace,

la France, et spécifiquement la Bretagne, et spécifiquement la 8ème circonscription d’Ille-et-Vilaine, soit le fer de lance de ce combat historique qui est celui de la maîtrise de la donnée.

C’est ce combat qui doit être mené de toutes nos forces, en urgence, avec vision, avec méthode, avec la coopération de nos partenaires européens, qui nous permettra d’assurer notre souveraineté.

Je veux vous dire également très clairement que pour ce faire il nous faut réunir un certain nombre de conditions.

La première, c’est que nous soyons tous, et en premier lieu les responsables publics, conscients des enjeux dont il s’agit.

La deuxième condition est que cette prise de conscience se traduise concrètement par une vision, un horizon, une méthode et une exécution. Sur ces deux premières conditions, je veux vous dire le plus clairement possible que nous les réunissons enfin.

Et puis, la troisième condition elle est liée à l’accélération de cette mutation technologique et mondiale qui nous oblige, si l’on veut non pas subir mais mener cette transformation profonde de nos modèles, à « embarquer » avec nous, tous les acteurs qui peuvent la rendre possible.

Parce que cette transformation n’est possible que si les universitaires, les chercheurs, les entrepreneurs, les citoyens, les responsables publics, les directeurs d’administration centrale coopèrent au plus près des réalités des territoires et des organisations dans toute leur complexité.

Elle n’est possible que si l’on appréhende les évolutions techniques que comme des outils qui s’imbriquent au service d’une vision globale et au service de tous.

Cela nécessite d’accélérer la mise en place des infrastructures, c’est le sens de l’accord signé avec les opérateurs Telecoms et l’État qui permettra d’assurer le haut ou le très haut débit pour tous d’ici 2021.

Mais cela doit également se traduire par la mobilisation de toutes les filières de formation, y compris les plus courtes, et plus profondément par l’accompagnement de tous les Français qui sont ou se sentent aujourd’hui exclus de l’accès au numérique sur l’ensemble des territoires.

Et puis, bien évidemment, il s’agit aussi d’intégrer pleinement la gestion du risque cyber qui nous oblige à investir fortement sur les infrastructures mais aussi à développer partout l’hygiène et la résilience numérique.

Autrement dit, il n’y a ni place, ni temps pour l’ignorance, la passivité ou la naïveté.

C’est au niveau européen que nous devons transformer la montée en gamme de ces nouveaux risques cyber en autant d’opportunités de créer les 3 millions d’emplois dont l’Europe a besoin à l’horizon 2021.

C’est par ailleurs tout le sens de l’appel de Paris lancé par le Président de la République le 12 novembre dernier à l’UNESCO.

Le Président de la République rappelait un point de conviction essentiel que tous les responsables publics doivent avoir à l’esprit : l’espace numérique ne peut pas, ne peut plus, ne doit pas, ne doit plus échapper au droit.

La France doit, en cette matière également, être aux avant-postes car nous ne croyons ni ne voulons que le seul droit en vigueur dans le cyber espace soit en réalité les conditions générales d’utilisation des GAFAM.

Et c’est dans ce contexte de nécessaire régulation que les États doivent prendre la main en s’appuyant sur les talents et les compétences dont ils disposent.

Nous devons mieux nous protéger et mieux protéger nos concitoyens mais nous devons également ne jamais nous résigner à une position défensive et devenir beaucoup plus offensifs pour assumer notre place au sein de l’espace numérique mondial.

Le cœur battant de cette stratégie, c’est l’école, c’est la formation. 

C’est la raison pour laquelle le Président de la République, le Gouvernement et le Parlement ont décidé de mobiliser tous les acteurs de formation avec comme volonté et comme urgence de sortir des silos dans lesquels la puissance publique a parfois laissé ses meilleurs talents se gâcher.

J’ajoute enfin qu’il y a également un enjeu quasi culturel d’accès aux métiers du numérique à la moitié de l’humanité que constituent les femmes.

Sur ce point également, nous ne pouvons plus nous contenter de la récurrence des constats, nous devons impérativement imaginer des solutions pour doubler notre capacité d’imagination.

Si je devais résumer en 18 secondes mon propos, je dirais que le monde a changé, que la volonté politique est là et qu’il est temps désormais d’avancer ensemble.

Et c’est la raison pour laquelle je vous le redis, je suis très honoré d’être parmi vous.

En écoutant les doctorants tout à l’heure, j’ai repensé aux mots de René Char qui disait « celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience » et je me disais qu’ils méritaient grandement les deux et certainement aussi nos applaudissements. 

Je vous remercie

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