Le CETA ou la saison des fake news

La ratification du CETA par l’Assemblée nationale a suscité chez nombre de nos concitoyens une inquiétude bien compréhensible.

D’autant plus compréhensible que quelques « responsables » politiques, notamment ceux des partis nationalistes et conservateurs, ont instrumentalisé le débat sans jamais avoir lu le texte de l’accord dont nous parlons et se sont contenté de diffuser des fake news allant jusqu’à opposer commerce et protection du climat, agriculteurs et écologistes, élus et enfants.

D’autant plus compréhensible que quelques « responsables » syndicaux ont couvert les violences engendrées par ces mensonges de masse mortifères.

Permettez-moi avant toute chose de vous inviter d’ailleurs à lire le texte et à demander aux commentateurs s’ils l’ont bien fait de leur côté.  Vous risquez d’être surpris.

Car, au fond, de quoi parlons-nous ?

D’un accord commercial entre la France et le Canada qui vient encadrer les relations entre nos 2 pays pour désormais fixer des règles plus claires et plus fortes, destinées à protéger l’activité de nos agriculteurs, la santé de nos consommateurs et le climat de notre planète.

D’un accord commercial avec un pays cousin qui ouvre enfin la voie sur le continent américain au multilatéralisme dont nous avons tant et tous besoin.

D’un accord commercial qui vient enfin assumer de dire que le commerce mondial, ce n’est ni croire à l’idée que le marché est seul capable de réguler le marché, ni croire à l’idée que nous devrions fermer les frontières et considérer la France comme une île autosuffisante.

La question c’est quel monde concrètement nous voulons bâtir et partager ?

Entendre Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, participer depuis quelques jours elle-même à l’agribashing en se plaçant à lisière du champ républicain m’oblige à rappeler quelques évidences qui visiblement n’en sont plus :

Non le CETA ne signifie pas l’arrivée des OGM dans nos assiettes.

Non le CETA n’autorise pas la vente de saumons transgéniques.

Non le CETA ne légalise pas l’importation de poulet aux hormones de croissance.

Non le CETA ne permet pas l’utilisation de Colza traité à l’herbicide 2,4 – D.

Non le CETA ne rend pas possible l’usage de farines animales type « vache folles » faites à partir de carcasses impropres à la consommation.

Oui le CETA permet à nos producteurs de participer aux marchés publics, de services et d’investissements canadiens.

Oui le CETA, après deux ans d’application partielle, a renforcé la place des agriculteurs français sur le marché avec :

  • + 20% des exportations de fromage en 2018
  • +10.2% de nos exportations agroalimentaires en 2018
  • – 50% des importations canadiennes correspondantes

 

Oui le CETA permet l’homologation de 42 appellations géographiques protégées françaises, garantissant de nouveaux débouchés aux produits les plus emblématiques de notre terroir.

Oui le CETA est le premier accord qui impose explicitement dans ses clauses l’application de l’Accord de Paris, avec également la mise en place d’un « veto climatique » historique sécurisant la défense de notre politique environnementale.

Oui le CETA protège enfin notre souveraineté dans les faits et que les chiffres le démontrent rapidement :

Ne soyons pas fiers de nos agriculteurs uniquement en période d’élections, fussent-elles syndicales !

Faisons confiance en leur travail et leur capacité à transformer leurs modèles, leurs produits et leurs marchés.

Il ne faut pas connaître nos paysans pour imaginer qu’ils ne sont pas les premiers à comprendre que nous ne pouvons plus, ni pour notre santé, ni pour celle de la planète, ni pour nos nouveaux besoins de consommateurs, faire comme avant.

Accompagnons-les plutôt que de laisser le marché se « débrouiller » et se contenter de signer de belles mais vaines tribunes sur l’environnement.

Le savoir-faire de nos agriculteurs, c’est l’excellence française et l’excellence française se vend aussi hors de nos frontières.

Faisons-nous confiance et soyons tous les ambassadeurs de cette excellence.

Nos paysans sont en première ligne.

Ils méritent mieux que la parole simpliste de celles et ceux qui les ont, dans les faits, abandonnés depuis des années.

Soyons concrets. Regardons le monde tel qu’il est.

Et posons-nous les vraies questions. Toutes et pas juste celles qui nous permettent à peu de frais de nous donner bonne conscience.

  • Est-il préférable, oui ou non, de réguler, d’encadrer le commerce mondial ?
  • Est-il préférable, oui ou non, d’intégrer prioritairement les Accords de Paris et plus généralement tout ce qui a trait à la protection de notre environnement, à la sécurité sanitaire et à la santé publique ?
  • Est-il préférable, oui ou non, d’envoyer un nouveau signe fort et clair au reste du monde en concluant un accord avec nos cousins canadiens et en en assurant le suivi en transparence ?
  • Est-il préférable, oui ou non, de privilégier plutôt la fermeture de nos frontières ? Le principe même du commerce mondial peut-il sérieusement et dans la pratique être remis en cause ? Avons-nous la capacité d’autosuffisance ? Irons nous expliquer à nos agriculteurs que nous n’exporterons plus un certain nombre de leurs produits ?
  • Est-il préférable, oui ou non, en vérité, de copier/coller les mensonges véhiculés par quelques rentiers de la politique interne et nos concurrents externes ou de regarder en face les sujets dont il s’agit ? Sérieusement, dans leur globalité et leur complexité.

Oui le monde a changé. Oui nos modèles évoluent et c’est très bien ainsi.

Mais méfions-nous toujours de ceux qui, à l’action, privilégient les simples constats et leurs petits fonds de commerce.

Lisons les textes, écoutons les paysans, interrogeons nos propres habitudes de consommation, regardons nos enfants dans les yeux et parlons-nous – pour de vrai – pas sur Twitter.

Pas plus qu’il n’y a de planète B, il n’y a de Nation B.

Florian BACHELIER