Point sur la situation migratoire en Europe

Depuis vendredi, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a annoncé ne plus vouloir respecter l’accord passé avec Bruxelles sur l’immigration et a ouvert ses frontières vers l’Europe.

Nos partenaires grecques et bulgares font ainsi face depuis plusieurs jours à l’afflux de nombreux réfugiés.

Retrouvez les deux tribunes de Florian Bachelier sur la question migratoire ci-dessous : 

La première tribune : Être humaniste, ce n’est pas se contenter du statu quo.

Dans cette tribune au JDD, le député LREM d’Ille-et-Vilaine Florian Bachelier dénonce le manque de lucidité et l’inaction de certains élus sur le sujet de l’accueil des réfugiés en France. Pour ce député, il faut agir avec « intransigeance républicaine » pour ne pas affaiblir les conditions d’accueil mais aussi lutter contre le « dévoiement du droit d’asile » : « Le jour même où la représentation nationale se saisissait du débat sur la politique migratoire de la France et de l’Europe, était publiée dans les colonnes de Libération une tribune cosignée par 13 maires. Un aréopage d’édiles ayant pour point commun d’exercer des responsabilités depuis de longues années non seulement au niveau local mais aussi au Parlement. Certains ont même trahi l’honneur du pays en votant la déchéance de nationalité.

Conservateurs de gauche et de droite s’unissent ainsi à nouveau dans les colonnes d’un journal parisien pour s’arroger le monopole de la solidarité et distribuer des brevets d’humanisme, le tout sans jamais s’interroger sur leur propre bilan.Mais le temps n’est plus de renvoyer dos à dos ceux qui commentent plutôt que de faire. Il n’est plus non plus de dénoncer un propos simpliste opposant les bonnes consciences autoproclamées au « méchant » Etat.

« L’action politique n’est grande que lorsqu’elle regarde la réalité en face. »

Cette nouvelle tribune est symptomatique d’une situation bien plus grave. Je veux parler du fossé qui s’accroît entre une poignée d’élus déconnectés de la vie réelle et les Français, et qui alimente in fine le vote extrémiste. Ce texte a une apparence, un quarteron de rentiers de la politique ; il a une réalité, un groupe de revanchards déracinés. Il faut vraiment, en effet, vivre dans une bulle loin des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens pour enchaîner autant de calembredaines et de billevesées sur un sujet, l’accueil des réfugiés, devenu pourtant central.

Nous, responsables publics, serons jugés sur notre capacité à obtenir des résultats concrets. Ce que les auteurs de la tribune ont oublié durant des décennies. Dénoncer sans faire, dire sans agir, c’est alimenter le ressaut des nationalismes européens que nous pensions encalminés dans les fosses putrides de l’Histoire. Nous ne serons jamais de ceux-là : l’action politique n’est grande que lorsqu’elle regarde la réalité en face. Comme disait Jaurès, nous « regardons le réel pour aller à l’idéal ».

Ne pas vouloir voir, ne pas vouloir entendre, ne pas vouloir écouter, ne pas vouloir sortir du confort intellectuel des postures, ne plus jamais regarder la réalité en face, se terrer dans le déni islamiste, ce n’est pas seulement faire preuve d’aveuglement ou de naïveté, non. C’est prendre sa part de responsabilité dans le développement des pratiques de dévoiement du droit d’asile.

Oui, des ressortissants à l’abri de la guerre et des persécutions détournent aujourd’hui le droit d’asile pour des motifs économiques. Oui, l’Etat de droit, notre bien commun, est battu en brèche lorsque les obligations de quitter le territoire ne sont pas exécutées et lorsque des élus locaux annihilent les dispositifs de retours volontaires. Oui, l’embolisation du système d’asile produit des situations inhumaines, avec des familles qui attendent des mois voire des années dans un flou coupable pour avoir une réponse à leur demande.

« Être humaniste, ce n’est pas se contenter du statut quo. »

Être humaniste, ce n’est pas se contenter du statu quo. Etre humaniste, c’est permettre à celles et ceux qui en ont le plus besoin d’être dignement accueillis et véritablement intégrés. Être humaniste, c’est lutter efficacement contre les réseaux de passeurs, contre ces mafias coupables sous nos yeux du trafic le plus insupportable, celui d’êtres humains, contre des criminels qui exploitent la misère et promettent un eldorado qui n’existe pas. Être humaniste c’est enfin offrir un avenir, dans leur pays d’origine, à celles et ceux qui aujourd’hui veulent le quitter.

Il faut rassurer les Français quant à l’avenir de leur système de protection sociale, de leur mode de vie, pour lesquels ils ont déjà beaucoup sacrifié. Si la France devait agir sans faire preuve d’une intransigeance républicaine, elle affaiblirait le cœur de son message universel ainsi que les conditions, que nous voulons exemplaires, de l’accueil des réfugiés.

Ce questionnement migratoire met la France et plus largement l’Union européenne face à une responsabilité historique. Fidèle à ses valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, notre pays se doit de regarder et d’affronter la situation avec une très grande lucidité. Comme le disait le président François Mitterrand : « Pour dire oui, il faut pouvoir dire non. »

« Les responsables politiques regagneront la confiance des Français quand ils assumeront leurs responsabilités. »

Alors parlons d’immigration. Parce que c’est parler du quotidien des Français et de la Nation toute entière. Mais aussi et surtout agissons. Pour que France reste à la hauteur de ce qu’elle est, fidèle au message d’accueil des réfugiés qu’elle a longtemps su porter, tout en étant capable de maintenir et de renforcer sa cohésion nationale.

Le moment est grave : bouleversement migratoire mondial, menace terroriste, défi climatique. Face à ces enjeux immenses, le risque de bascule est grand. Il est de notre devoir faire bloc et d’agir avec méthode. Je le dis à celles et ceux qui veulent utiliser le thème de l’immigration à des fins électoralistes : vous avez tort. C’est une grave erreur que nous payerions collectivement à un moment ou un autre. Les responsables politiques regagneront la confiance des Français quand ils assumeront leurs responsabilités. La nôtre est immense. Il en va de la vie de ces milliers de femmes et d’hommes qui meurent en Méditerranée et de l’équilibre politique du monde. »

Retrouvez la tribune en intégralité sur le site du Journal du Dimanche en cliquant ici.

La seconde tribune : Florian Bachelier, député LREM d’Ille-et-Vilaine, signe une tribune sur le bateau humanitaire de l’Aquarius en quête d’un port pour accoster cette semaine.

Aquarius ou la nouvelle trahison des clercs

 

Il existe, dans notre pays, une gauche conservatrice, toujours plus prompte à dénoncer qu’à agir. Elle préfère systématiquement convoquer l’Histoire, la sienne fantasmée de préférence, plutôt que de contribuer à y apporter sa part. Elle a une propension à s’arroger les valeurs de solidarité et d’humanisme sans jamais s’interroger sur son propre bilan. Il y a bien longtemps que cette gauche des postures éculées ne propose plus rien et trahit la mémoire de ses grandes figures tutélaires qui elles, s’indignaient, certes, mais agissaient toujours.

A grands coups de tribunes outrancières, les néo-moralistes s’éloignent chaque année un peu plus des valeurs fondamentales que portait la gauche historique et de la responsabilité que nous devons collectivement assumer.

Celle d’être au rendez-vous de l’idéal européen et de son histoire, sans céder aux facilités oratoires et aux raccourcis simplistes.

Celle de retrouver la crédibilité perdue d’une Europe qui se crispe et qui apparait trop souvent dépassée par l’accélération des mutations du monde.

Celle enfin de redonner à la France toute sa place dans le concert des nations, celle-là même qu’elle a perdu à force d’émotion surjouée et d’inaction coupable.

« C’est l’engagement personnel du Chef de l’Etat qui a permis de trouver un accord. »

La première ‘séquence’ de l’Aquarius avait permis aux tenants de la bonne morale de refaire surface médiatiquement quelques heures en fustigeant l’action du Président de la République et en instruisant le procès en inhumanité de sa majorité.

Mais c’est bien l’engagement personnel du Chef de l’Etat qui a permis in fine de trouver un accord, le 28 juin dernier, alliant indispensable solidarité et nécessaire responsabilité.

C’est par le courage de l’action que la France retrouve sa place, celle du socle d’une Europe bousculée.

Nul n’est au demeurant besoin de rappeler que c’est l’impuissance de la France à faire entendre sa voix en 2016 qui a conduit une Chancelière de droite chrétienne à sauver l’honneur de l’Europe. C’est la trahison de la déchéance de nationalité qui a contribué à rendre possible le retour humiliant des nationalistes de toute l’Europe.

C’est l’absence de coopération européenne concrète depuis des années entre pays qui connaissent ontologiquement le prix des nationalismes et de la guerre, c’est l’absence de courage politique dans la lutte contre le trafic d’êtres humains, c’est l’absence de détermination à assumer effectivement les solidarités entre partenaires et au-delà qui ont permis au camp des nationalistes – que nous pensions encalminés dans les fosses putrides de notre Histoire – de revenir au-devant de la scène européenne.

« Il était plus facile d’accuser l’Europe de nos propres turpitudes et lâchetés. »

Nous avons laissé, au cours des dernières décennies, se développer les fonds de commerce des peurs attisées par les clans nationalistes Le Pen, Salvini et Orban.

Il était plus facile d’accuser l’Europe de nos propres turpitudes et lâchetés, de rédiger de belles tribunes de salons que de prendre nos responsabilités en allant négocier les accords au seul niveau où se situe cet enjeu de développement, de sécurité, de fraternité et de paix, l’Europe!

La deuxième ‘séquence’ de l’Aquarius a démontré cette semaine que le courage politique permet, sans céder à l’émotion du temps court et aux professionnels de l’indignation, de construire des solutions concrètes avec ceux de nos partenaires européens qui ne se cachent pas derrière l’abstention coupable et l’impotence mortifère.

C’est cette méthode qui remettra l’Europe à la hauteur de son ambition, qui nous permettra d’assurer à la fois notre sécurité et de recouvrer la fierté d’appartenir à une nation, un continent et une Histoire qui accueille comme il se doit les femmes et les hommes qui n’ont pour d’autre choix que de fuir la guerre.

C’est en ne cédant rien ni aux cyniques, ni aux somnambules que nous, Français d’Europe, incarnerons réellement les valeurs qui ont fait et font notre Nation et que nous ferons cesser l’insupportable trafic d’êtres humains en Méditerranée.

C’est le combat essentiel des progressistes européens.

La mémoire de nos 13.000 sœurs et frères qui reposent au fond de l’eau oblige chacun d’entre nous à ne pas se contenter de la vacuité des discours qui réchauffent les cœurs ou effraient les ventres mais qui tuent les Hommes.

Retrouvez la tribune en intégralité sur le site du Journal du Dimanche en cliquant ici.