Le Point | Florian Bachelier – Non à la déchéance de responsabilités

Le Point | Florian Bachelier – Non à la déchéance de responsabilités

TRIBUNE. Tous les élus se hissent-ils au niveau de leurs responsabilités ? interroge le député LREM et premier questeur de l’Assemblée Florian Bachelier.
Par Florian Bachelier*

« Presque toujours, la responsabilité confère à l’homme de la grandeur », écrivait Stefan Zweig. Plus que jamais, ce beau mot de responsabilité doit avoir valeur cardinale dans cette épreuve historique, dans ce moment qui nous ébranle tous, individuellement et collectivement. La responsabilité a deux sœurs, la liberté et la confiance.

Pour un élu, être responsable, c’est littéralement « avoir à répondre ». De ses décisions, de sa parole et de son action. C’est tout à la fois assumer et rendre des comptes. Et d’abord à ceux au service desquels il s’est engagé.

Le bouleversement que nous traversons met tous les élus, tous les responsables publics, nationaux et locaux, actuels et précédents, au pied de ce mur. Je n’évoque pas ici, par nostalgie de la robe, le mur de la responsabilité judiciaire. Non, je veux ici parler de la responsabilité politique que tous les élus, tous ceux qui ont fait un jour le choix de l’engagement au service de l’intérêt général, portent collectivement, non comme une charge mais comme un honneur.

  • Assumer ses positions

Personne au monde ne sait si nous retrouverons nos vies d’avant. En revanche, ce que je crois savoir, c’est que, si, dans ce grand ébranlement, tous les élus ne se hissent pas au niveau de leurs responsabilités et de la mobilisation de la nation, alors non, nous ne retrouverons jamais ces vies-là.

Et même, certains jours, quand un quarteron de sénateurs prend, par exemple, la décision de s’abstenir de prendre une décision, quand d’aucuns cherchent à s’exonérer de leurs propres responsabilités tout en instruisant le procès de celles des autres, quand les réflexes querelleurs viennent diviser plutôt que de panser, quand d’autres, enfin, restent encalminés dans leurs boutiques du vice et de la vertu, quand les féodalités se réveillent ou quand les castes se protègent, chacun peut avoir la tentation d’assoupir sa colonne vertébrale. Mais être responsable public, c’est s’obliger à être digne de nos combattants et de nos morts.Être élu, oui, c’est assumer ses positions et donc aussi analyser les erreurs, les siennes avant celles des autres, non pas pour en faire des procès, mais pour corriger l’action.Demain, il nous faudra regarder attentivement tout ce que la puissance publique a magnifiquement réalisé, tout ce qu’elle a moins bien accompli durant les dernières décennies, comparer avec nos pays amis, pour au final proposer une direction aux Français. L’une des clés sera assurément d’agir en responsabilité et de préparer l’avenir.

« Sortir de l’infantilisation réciproquement consentie et blâmée, »

Quand personne ne sait expliquer à quel niveau précisément se prend et est assumée une décision, nous devons corriger. Quand les bonnes décisions deviennent de mauvaises décisions parce qu’elles sont prises avec retard, nous devons corriger. Quand les compétences, les financements, les responsabilités ne sont pas clairs et lisibles pour tout citoyen, nous devons corriger. Quand les décisions sont prises trop loin des Français ou trop éloignées de l’intérêt général, nous devons corriger.Quand plus de la moitié des morts du Covid-19 sont dénombrées dans des établissements destinés à accueillir et accompagner nos aînés, nous devons corriger.
  • S’assumer
Le drame des Ehpad posera nécessairement, par exemple, la question de la pertinence des conseils départementaux et des ARS. Il sera également temps de réinterroger la régionalisation de tout ou partie de l’enjeu sanitaire, la reconquête de notre souveraineté nationale alimentaire, industrielle ou numérique ou encore celle de notre autonomie stratégique et, au travers de cela, le niveau pertinent de responsabilités.
Il nous faudra, enfin, clairement dire qui précisément est responsable de quoi. Et sortir concrètement d’un rapport souvent ambigu à l’État confinant parfois à une forme d’infantilisation réciproquement consentie et blâmée.Je crois pour ma part en un État républicain fort qui s’assume aux côtés de régions et de collectivités locales libres qui s’assument également.Dans cette révolution culturelle de la responsabilité, je forme le vœu que, par-delà nos quelques convictions politiques, nous réussissions, tous les élus, et je dis bien tous les élus, à montrer l’exemple et à présenter aux Français qui se battent le visage de l’unité et de la responsabilité.* Florian Bachelier est député La République en marche d’Ille-et-Vilaine. Premier questeur, il a la charge du budget de l’Assemblée nationale.

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