Le Télégramme – Réunification de la Bretagne : « C’est le sens de l’histoire », selon le député Florian Bachelier

Le Télégramme – Réunification de la Bretagne : « C’est le sens de l’histoire », selon le député Florian Bachelier

L’idée d’Assemblée de Bretagne, réunissant en une collectivité unique Conseil régional et Départements bretons, a le vent en poupe. Florian Bachelier y est favorable, Loire-Atlantique comprise. Selon le député d’Ille-et-Vilaine (LREM), il faut lancer un grand débat national des responsabilités publiques par région.

Portée il y a déjà plusieurs années par Jean-Jacques Urvoas, l’idée d’une Assemblée de Bretagne, fusionnant Région et Départements revient aujourd’hui sur le devant de la scène. Richard Ferrand se dit par exemple favorable. Et vous ?

Plus ça va, plus j’y suis favorable, et à cinq départements (Loire-Atlantique incluse, NDLR). La faible participation aux municipales est un avertissement. On n’arrivera à rien si on ne reconstruit pas le lien entre les Français et leurs élus. Je crois en l’exemplarité et la clarification. Quand on supprime le régime spécial de retraite des députés, c’est l’illustration de l’exemplarité. Et je crois en la clarification des responsabilités et du périmètre des compétences. Il faut que les Français sachent qui est responsable de quoi : l’ouverture des plages, le bien-manger, l’entreprise, la formation, les transports… On y gagnera en lisibilité de l’action publique.

On a toutefois l’impression que, depuis la loi NOTRe, des verrous institutionnels empêchent les élus locaux d’avancer sur ces questions…

Selon moi, il faudrait demander aux conseils régionaux une contre-proposition de clarification institutionnelle. C’est l’anti-méthode Hollande. On ne dit pas depuis Paris comment les collectivités doivent s’organiser. Ma conviction est qu’il faut fusionner les conseillers régionaux et départementaux, avec un conseiller par canton. Cela permettrait de rendre plus lisible l’action territoriale. Cela s’inscrit dans la réflexion qu’avait déjà menée Jean-Jacques Urvoas.

« Je ne tiens pas un discours jacobin, c’est même l’inverse ».

Il y a peu, le président du Conseil régional de Bretagne Loïg Chesnais-Girard qualifiait de « populistes » les tenants d’une réduction du nombre d’élus. Sans être nommé, vous étiez visé. Cela vous a surpris ?

Ça m’interroge. Je suis frappé qu’un élu de la République puisse s’étonner que l’on pose la question. Mais c’est comme demander à une dinde de vous parler du menu de Noël. Si poser cette question est populiste, alors oui, je le suis vraiment quand je vois le niveau de participation aux élections locales. Je ne tiens pas un discours jacobin, c’est même l’inverse.

Que faut-il désormais pour avancer sur cette question d’Assemblée de Bretagne ?

Il faut que l’on se parle et que l’on fasse des contre-propositions concrètes. J’entends que ce ne sera pas le sujet principal de la rentrée face au chômage. Mais ce n’est pas un gadget ni une compétition entre élus. Sur le fond, on n’arrivera pas à entraîner ce pays dans la transformation si on n’arrive pas à embarquer les élus pour qu’ils travaillent ensemble. Il ne faut pas raisonner parti mais vision. Je pense, par exemple, qu’il y a moins de différences entre Loïg Chesnais-Girard et moi sur la formation ou le développement économique qu’entre lui et les écologistes qui prônent la décroissance.

Vous êtes favorable à une Assemblée incluant la Loire-Atlantique. Pourquoi ?

Parce que c’est le sens de l’histoire et cela permettrait une émulation. Je pense, par exemple, à l’attractivité universitaire. Car, à force de nous organiser en chapelles, on perd en influence. On ne doit plus être sur un rapport Rennes-Brest mais sur un rapport Rennes-Nantes-Brest. Il pourrait y avoir une énergie supplémentaire.

« Il faut se départir des intérêts politiques et mettre en avant les intérêts bretons ».

Quelles sont les étapes avant d’en arriver là ?

Je suis d’accord avec Loïg Chesnais-Girard. Il faut demander que le président du Conseil départemental de Loire-Atlantique (Philippe Grosvalet, NDLR) interroge la population. Ce dernier se trompe en disant que c’est entre les mains de l’État. Il peut tout à fait lancer une consultation. Comme les Bretons peuvent en faire une. Il faut lancer un grand débat national des responsabilités publiques par région. C’est pour cela que je suis favorable à un report des élections même si je pense qu’on ne le fera pas. Je serais pour que les prochains conseillers régionaux soient élus avec des compétences clarifiées. Quoi qu’il en soit, il faut, avec les maires, qu’ils réfléchissent ensemble à une ventilation des compétences, discutent avec l’État puis, sur cette base, consultent les Bretons. Il faut que ce soit l’opportunité de bien clarifier les responsabilités des uns et des autres. Il faut lutter contre cette tentation de dire que c’est la faute de l’autre si ça ne fonctionne pas. Ne nous donnons pas les uns les autres des leçons de responsabilités. Il faut se départir des intérêts politiques et mettre en avant les intérêts bretons.