Le Télégramme – Macron discute avec le roi du Maroc pour endiguer l’arrivée de mineurs étrangers en Bretagne

Le Télégramme – Macron discute avec le roi du Maroc pour endiguer l’arrivée de mineurs étrangers en Bretagne

Proche du Garde des Sceaux, Florian Bachelier revient sur les problèmes de sécurité que connaît la capitale bretonne. Le député rennais (LREM) dévoile certaines pistes de travail de l’exécutif et livre ses réflexions pour tenter d’endiguer un phénomène qui inquiète.

L’État va renforcer les effectifs de police à Rennes face à la montée de la délinquance. Pourquoi cette décision, maintenant ?

Depuis plusieurs années, la situation se dégrade. Cela se voit dans les chiffres et les remontées du terrain que ce soit de la police, de la magistrature, les témoignages des habitants, des commerçants. Il est donc nécessaire que la police soit mieux dotée en effectif et en équipement.

La montée en puissance du trafic de stupéfiants depuis quatre ou cinq ans inquiète. Cela engendre une criminalité de plus en plus violente. Et puis, il y a le sujet des MNA (mineurs étrangers délinquants, NDLR)…

Ce n’est pas nouveau… Déjà en 2018, on avait assisté à une recrudescence de la délinquance attribuée à ces jeunes qui échappent à toute prise en charge. N’atteint-on pas là, la limite de la puissance publique ?

C’est un défi qui est lancé à la puissance publique, à l’ensemble de la puissance publique… C’est-à-dire à la fois aux représentants locaux et nationaux. Depuis le début, je pousse pour que ce sujet soit traité avant que ces mineurs n’arrivent en France. C’est ce que fait le président Macron. Nous travaillons en amont à la conclusion d’accords avec les pays dits émetteurs. Notre objectif est d’endiguer le trafic d’êtres humains avant qu’ils n’arrivent en Bretagne, à Rennes.

On sait que la plupart des mineurs qui posent problème viennent d’Oujda au Maroc…

Je peux vous confirmer qu’il y a des discussions entre le président Macron et le roi du Maroc pour qu’un centre d’hébergement, de formation et de soins soit créé directement au Maroc afin de les prendre en charge dans leur pays.

Par ailleurs, le fait que les effectifs de police à Rennes soient plus faibles qu’ailleurs place la capitale bretonne sur la carte mondiale du trafic d’êtres humains et du terrorisme. Lorsque je dis cela, je ne me fais pas que des amis. Pourtant, c’est la réalité. Elle est rapportée par les services de renseignement et les magistrats. C’est aussi pour cela que l’on renforce les moyens de la justice et de la police. Il faut que l’ensemble de la chaîne suive et que l’on travaille, avec les élus locaux, main dans la main.

Ce n’est pas le cas ?

Je trouve que, jusqu’à présent, ce n’était pas suffisamment le cas. Je fonde un espoir sur le fait que Lénaïg Briéro ait été nommée adjointe à la maire en charge de la sécurité. Nous avons échangé en juillet. J’ai pu constater que nous étions en phase sur les constats. Enfin ! Mme Briéro a témoigné d’une lucidité et d’une envie d’effectuer une forme de rattrapage sur le thème de la sécurité. Je lui ai redit que j’étais à sa disposition pour avancer sur ces sujets.

Cela ne m’empêche cependant pas d’être inquiet. Mme Briéro fait partie d’une majorité très composite. Je ne sais pas quelle sera sa marge de manœuvre au sein de celle-ci.

C’est-à-dire ?

Durant la campagne, Mme Rougier (Gaëlle Rougier, élue sur la liste EELV, NDLR) a parlé de « rafle », « de racisme d’État » etc. Depuis, elle a été nommée vice-présidente à la jeunesse au sein de la Métropole ! Cette nomination m’inquiète. Nous avons aussi pu observer que certains élus, devenus depuis piliers de la majorité municipale, ont manifesté leur soutien à ceux qui crient leur haine des policiers. Ça aussi, ça m’inquiète… Je suis donc partagé : à la fois rassuré que Mme Briéro travaille sur ce sujet et inquiet de savoir quelle sera sa marge de manœuvre au sein d’une majorité dont on a pu constater, ces derniers jours, le positionnement. En tout cas, j’espère que, les municipales étant passées, nous allons enfin pouvoir travailler avec les élus rennais sur ce sujet qui concerne tous les habitants.

Certains habitants et les policiers estiment qu’il existe aussi un problème de réponse pénale. Il arrive que des délinquants pris sur le fait se retrouvent libres quelques heures plus tard et commettent d’autres délits. En qualité de proche du nouveau Garde des Sceaux, Éric Dupont-Moretti, vous en pensez quoi ?

Nous échangeons beaucoup là-dessus. Je me refuse à commenter les décisions de justice – même si, parfois, ça me démange, parce que c’est toujours plus compliqué qu’il n’y paraît. Ce n’est jamais noir ou blanc.

Avec le Garde des Sceaux, nous travaillons sur la manière d’accélérer la réponse judiciaire et sa publicité. L’enjeu est de mieux la faire entendre et comprendre par l’ensemble de la société.

Tout ce que fait le nouveau Garde des Sceaux va dans ce sens : donner plus de moyens aux huissiers, continuer à renforcer les moyens des magistrats… De nouveaux postes ont d’ailleurs été créés à Rennes il y a quelques mois maintenant.

Nous devons combattre le sentiment d’injustice qui nourrit l’impression que la loi n’est pas appliquée pour tout le monde pareil.

Vous parlez d’accélérer la réponse judiciaire, mais, parfois, on peut avoir l’impression qu’il n’y a pas de réponse du tout. C’est le cas avec les simples rappels à la loi pour certains mineurs ?

S’agissant des mineurs, je ne crois ni à l’augmentation des rappels à la loi, qui sont inefficaces, ni à l’augmentation des incarcérations. La prison étant, la plupart du temps, une véritable école de formation des délinquants. Je pense que nous devons réfléchir à des voies alternatives. Dans certains cas, je crois au bien-fondé des travaux d’intérêts généraux. Lorsqu’un gamin tague un mur, il serait bénéfique que, dès le lendemain, les gens le voient en train de nettoyer.

Je milite aussi pour que les mineurs délinquants soient accueillis dans des centres où ils puissent servir une cause qui les transcende afin de les faire dévier du chemin de la délinquance. C’est aussi une des solutions sur laquelle nous travaillons avec le Garde des Sceaux. Le renforcement des moyens de la justice est une chose. Cela ne nous exemptera pas d’être imaginatifs.

 

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