Le Télégramme- Rennes. « Décentraliser, c’est assumer le risque de se tromper »

Le Télégramme- Rennes. « Décentraliser, c’est assumer le risque de se tromper »

Dimanche 11 octobre, il fera partie de la centaine d’élus bretons attendus à Nantes pour une journée débat autour, entre autres, de la réunification de la Bretagne. Dans cette perspective, le député LREM d’Ille-et-Vilaine Florian Bachelier donne sa vision de la décentralisation.

Dans les premiers mois du quinquennat, on avait le sentiment d’avoir à faire à une majorité très jacobine, pas du tout tournée vers les régions. Mais avec la crise sanitaire et, surtout, la nomination de Jean Castex, on a vu le virage, avec une volonté de remettre en selle les maires et les élus locaux. Depuis, on sent toutefois une tentation de vouloir tout maîtriser à nouveau depuis Paris. Tout ceci donne l’impression d’un grand flou. Pouvez-vous clarifier la vision de la majorité sur la question de la décentralisation ?

C’est un paradoxe transversal à l’ensemble de la société. On est les deux en même temps. La société attend tout de la puissance publique étatique parisienne mais veut surtout que les décisions soient prises au plus près de son quotidien, de son fonctionnement, de ses réalités. Et puis il y a toujours le même constat : Est-ce qu’on n’attendrait pas un décret du national pour s’organiser en local différemment ? Mais non, il n’y en a pas besoin ! Décentraliser, régionaliser c’est aussi assumer le risque de se tromper. C’est à ça que les acteurs politiques doivent s’acculturer.

Vous appelez donc à une révolution institutionnelle. Mais on sait que c’est compliqué de faire bouger les lignes en France sur ces questions. Sa mise en œuvre va prendre des décennies…

Quand il y a une volonté, il y a un chemin. Je suis partisan de demander à tous les conseillers régionaux de France une contre-proposition d’organisation structurelle. Qu’on arrête de dire « On est pour la décentralisation, et à Paris ils sont contre ». Pour certains sujets, je n’ai pas envie qu’il y ait une police régionale, qu’il y ait une justice métropolitaine, qu’il y ait une éducation départementale. En revanche, sur la santé, l’accompagnement des aînés… Prenons par exemple la question des mineurs non accompagnés. Je ne comprends pas que la gestion reste au niveau des conseils départementaux, avec les résultats que l’on connaît. Plutôt que de faire comme François Hollande à l’époque en disant, depuis Paris, comment les territoires doivent fonctionner, moi je serais partisan que l’on propose à la Bretagne, à la Normandie, à l’Alsace de s’interroger sur ce qui ferait qu’elles soient un peu plus pertinentes. Avec des citoyens qui verraient plus clair dans la responsabilité des uns et des autres.

Vous croyez que c’est ce qu’attendent les Français ?

Si les Français s’éloignent de l’action publique et s’ils vont vers les extrêmes, c’est parce qu’on rend illisible le fonctionnement de chacun. Ils ne croient plus à la sincérité de l’engagement des acteurs politiques. C’est ça l’Assemblée de Bretagne, ça n’est que la clarification des compétences. J’ai par exemple un a priori sur l’inutilité des conseils départementaux. Mais ce n’est pas moi, élu national, qui vais décider. Discutons avec les conseils régionaux, les conseils départementaux et qu’une contre-proposition soit faite ! À partir de là, on peut discuter avec l’État.

Mais les conseillers départementaux ne vont pas se tirer une balle dans le pied en supprimant leur assemblée…

En tant que député, je suis bien pour la réduction du nombre de parlementaires. Je suis aussi pour le non-cumul des mandats et j’ai voté la transparence avec la suppression de la réserve parlementaire. Un escalier, ça se balaie par le haut. C’est pour ça qu’on a commencé par le régime de retraite des députés et qu’on a fait des économies à l’Assemblée nationale. On se tire peut-être une balle dans le pied mais on est crédible.

Dans ce grand big-bang auquel vous appelez, est-ce qu’on pourrait trouver aussi une dose de proportionnelle ?

Bien sûr. J’y suis extrêmement favorable. Si on va jusqu’au bout de la logique, je serais pour une fusion du Sénat et du Cese. Je serais pour la suppression des conseils départementaux pour des conseillers territoriaux nés d’une fusion avec les Régions. Et si on va au bout, pour une proportionnelle intégrale ou en tout cas beaucoup plus forte. Ça peut être à l’Assemblée, ça peut être au Sénat, ça peut être un tirage au sort au Sénat. Car les sénateurs représentent quoi ? Les territoires. Ça veut dire qu’on peut assurer l’équilibre de représentation territoriale autrement que par des élections entre grands électeurs dont on connaît à peu près les résultats à l’avance.