Tribune – Le JDD – « Accueillir moins pour accueillir mieux »

Tribune – Le JDD – « Accueillir moins pour accueillir mieux »

Député LREM d’Ille-et-Vilaine et premier questeur de l’Assemblée nationale, Florian Bachelier, appelle à la mise en place d’un « plan d’action en 9 points » sur la question de l’immigration.

La tribune : « La maîtrise des frontières est ce qui définit une Nation. Dire qui l’on souhaite accueillir ou non et à quelles conditions, c’est l’essence même d’un peuple. Or, depuis trop longtemps, la classe politique a délibérément ignoré cette réalité. Une partie de la droite, pour des raisons électorales, n’a ainsi jamais cessé de réduire le débat sur l’immigration à une rhétorique de peur : chaque immigré devenant coupable de tous les maux, il fallait tout fermer. Une partie de la gauche, idéologiquement affaissée par le fantasme d’un monde sans frontière et coupée des catégories populaires parce qu’elle a abandonné leur sort, n’a quant à elle eu cesse de nier le réel, rejetant tout lien entre immigration, crise sociale, insécurité et terrorisme islamiste, préférant le mépris et l’anathème au débat d’idées et à la confrontation des projets.

Ces deux camps, par calcul politique, ont repoussé le problème sans agir et ont capitulé tant sur l’application de la loi, la défense des principes républicains que sur la mise en œuvre d’une nécessaire et réelle politique d’intégration des nouveaux arrivants.


Nous ne devons plus nous résigner
à laisser aux partis politiques
qui en ont fait commerce
le monopole des enjeux migratoires


Cette irresponsabilité croisée n’est pas pour rien dans le fossé qui s’est creusé entre les responsables politiques des dernières décennies et les citoyens, entre les centres-villes et les périphéries. Peu à peu, les Français ont eu le sentiment que ceux qui étaient censés les représenter ne vivaient plus vraiment dans le même pays qu’eux et n’étaient pas conscients de leurs réalités. La chaîne de conséquences est malheureusement connue : défiance généralisée, abstention, violences et tentations de l’aventure extrémiste.

Nous ne devons plus nous résigner à laisser aux partis politiques qui en ont fait commerce le monopole des enjeux migratoires. Les forces républicaines de gouvernement doivent assumer la complexité de ces phénomènes et peuvent peu à peu reprendre le contrôle.

C’est le moment de le faire!

Les 14 mois que nous venons de vivre ont été lourds de traumatismes. Nous avons éprouvé notre vulnérabilité. Nous avons ressaisi l’importance de la souveraineté nationale – assumer des choix, en tant que peuple, pour notre pays. Nous avons mesuré aussi que ce qui semblait impossible depuis des décennies était possible en quelques mois dès lors qu’une volonté politique claire s’exprimait. Il y a donc matière à agir.


Trop souvent rentrent sur notre territoire des personnes qui,
dévoyant le droit d’asile, finissent par le mettre en danger


Agir c’est d’abord accepter de sortir de la cécité intellectuelle et regarder le réel en face. La pandémie, partout dans le monde, a, pour un temps, gelé les phénomènes migratoires en même temps qu’elle en a aggravé les causes économiques et sociales. A l’heure où le dégel advient, nous allons donc devoir faire face à une augmentation exceptionnelle des flux migratoires qui, venus notamment des pays du Maghreb et de l’Afrique, devrait frapper en premier lieu la France et gagner autant les cœurs de nos métropoles que nos villes moyennes comme vient de le rappeler le directeur général de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration)*.

Sommes-nous armés face à cette crise qui vient?

Si beaucoup a été fait ces dernières années comme le doublement de l’aide au développement pour offrir un avenir à la jeunesse d’Afrique sur ce continent, le renforcement de Frontex pour mieux contrôler les frontières, la loi asile-immigration-intégration, la lutte contre les filières criminelles subsahariennes et les réseaux de passeurs qui transforment la Méditerranée en charnier, le combat n’est aujourd’hui pas terminé.

Trop souvent rentrent sur notre territoire des personnes qui, dévoyant le droit d’asile, finissent par le mettre en danger. Trop souvent nous renonçons à appliquer notre droit et renonçons à expulser les étrangers en situation irrégulière, même lorsqu’ils sont délinquants. Trop souvent nous faisons preuve de timidité ou nous leur refusons l’exigence nécessaire pour intégrer pleinement les femmes et les hommes qui, ayant l’obtenu le statut de réfugié, ont vocation à être accueillis bras grand ouverts.


Des solutions concrètes et déployables rapidement existent,
qui peuvent et doivent changer radicalement la donne


Non. Des solutions concrètes et déployables rapidement existent, qui peuvent et doivent changer radicalement la donne. Des solutions qui ne sont pas de droite ou de gauche, gaullistes, centristes ou communistes, mais qui devraient rassembler largement car il s’agit tout simplement de changer le quotidien des Français. Il s’agit également de protéger nos valeurs.

Un plan d’action en 9 points pourrait nous rassembler.

  1. Aligner sur les standards européens les avantages du système d’aides sociales accordées aux migrants, en particulier dans le domaine de la santé. La France ne peut faire en la matière cavalier seul, sauf à accepter d’être la seule à « accueillir toute la misère du monde ».
  2. N’accueillir au titre de l’asile que les personnes en danger vital. Nous le ferons en établissant chaque année, au niveau du Parlement Français ou mieux Européen, une liste des pays d’origine sûre, ce qui permettra au système de demandes de mieux traiter les cas les plus urgents.
  3. Mieux vérifier, par les tests osseux, l’âge des migrants se déclarant mineurs pour bénéficier des protections spécifiques qui sont accordées aux moins de 18 ans.
  4. Lutter contre la « guérilla juridique » entourant la demande d’asile, en simplifiant et réduisant de 12 à 3 le nombre de procédures devant le juge administratif tout en refaisant du séjour irrégulier un délit. Il ne sera ainsi plus possible de rester parfois plusieurs années sur le territoire français dans une zone grise inacceptable pour tous.
  5. Amplifier les reconduites à la frontière par la mise en place d’une flotte aérienne dédiée et par une politique de visas et d’aide au développement qui ne soit plus à sens unique mais fondée sur la réciprocité.
  6. Permettre à ceux qui ont vocation à rester en France d’y construire leur vie en proposant au réfugié un contrat fondé sur des devoirs – habiter dans un lieu donné pour éviter de trop fortes concentrations – et des droits – une allocation spécifique incitative au travail.
  7. Faire de la langue et de la culture les piliers de l’intégration pour tous, en augmentant le niveau nécessaire de maîtrise de la langue française pour la pérennisation des titres de séjour.
  8. Encourager l’intégration par le travail des réfugiés, notamment en simplifiant les dispositifs de primes aux apprentis et en renforçant les liens entre Artisanat et Aide Sociale à l’Enfance.
  9. Pour coordonner ces politiques et les rendre efficaces, mettre en place dans chaque région un préfet dédié à l’immigration et à l’intégration.

Au fond, il nous faut collectivement assumer un principe de bon sens : accueillir moins pour accueillir mieux.


Notre Nation (…) doit d’abord utiliser ses talents et forces vives
avant de faire appel à d’autres


Accueillir moins, parce que nous ne pouvons pas vider les pays d’origine de leurs talents et parce que, notre Nation, par la Covid et ses conséquences économiques et sociales, doit d’abord utiliser ses talents et forces vives avant de faire appel à d’autres.

Accueillir mieux, parce que c’est la condition pour que ceux qui resteront dans notre pays deviennent citoyens français à part entière et que, de l’archipel français, renaisse une France apaisée, une France unie autour des valeurs de la République et de son Histoire. »

Par La rédaction du Journal du Dimanche

* Revue Des Deux Mondes, « Covid et migration, ne pas faire l’autruche », Didier Leschi.