ENTRETIEN. Rennes : Avant la présidentielle, le député LREM Florian Bachelier met en garde son camp – Ouest-France

ENTRETIEN. Rennes : Avant la présidentielle, le député LREM Florian Bachelier met en garde son camp – Ouest-France

Florian Bachelier, député LREM de Rennes et premier questeur de l’Assemblée nationale, souhaite que le président de la République, Emmanuel Macron se représente en 2022. Il met en garde son camp : « Nous n’avons pas su créer une appartenance militante et c’est en créant une force politique centrale que nous pourrons faire réélire le Président de la République ».

 

Florian Bachelier, député LREM de Rennes et premier questeur de l’Assemblée nationale, souhaite que le président de la République, Emmanuel Macron se représente en 2022. Pour lui, « c’est en créant une force politique centrale que nous pourrons faire réélire le Président de la République ».

 

Les élections régionales sont un échec en Bretagne pour votre camp avec la défaite de la liste Nous la Bretagne. Comment l’analysez-vous ?

C’est en réalité un échec pour tout le monde. Pour la majorité, qui n’a pas su mobiliser. Pour les exécutifs des collectivités locales, qui n’ont pas su intéresser. C’est l’ensemble des responsables politiques qui sont perdants, c’est la démocratie représentative locale qui sombre.

Les Françaises et les Français se sont très majoritairement abstenus. Pourquoi ?

Il y a des raisons conjoncturelles. La date choisie intervenait après un an et demi de restrictions. Je plaidais pour ma part pour un report en 2023. La faillite d’Adrexo dans la distribution de la propagande. Les sondages contre-performatifs dont il faut interroger le rôle. Et puis, des raisons structurelles. L’illisibilité des compétences des uns et des autres. Il faut être clair, quand une collectivité s’occupe des lycées, une autre des collèges, une autre des écoles, le tout sous la tutelle de l’État et du ministère de l’Éducation nationale, plus personne n’y comprend rien. Les gens finissent par voter seulement pour l’élection la plus médiatisée, celle qui change le plus leur quotidien : l’élection présidentielle. Il faut donc réagir et rapidement. Pas besoin de l’État pour cela. Mettons-nous d’accord entre Bretons ! Fusionnons conseils départementaux et conseil régional dans une Assemblée de Bretagne avec un élu par canton.

Les scrutins départementaux et régionaux ont-ils été compris ?

Non. Au-delà de la complexité du système, c’est l’échec des exécutifs sortants. Quand on est là depuis des années, que l’on ne parvient pas à intéresser les électeurs et que, finalement, on est élu par un inscrit sur dix, il faut s’interroger. Et ce ne sont pas les alliances de coins de table entre deux tours ou le lendemain, comme s’il s’agissait d’un syndic de copropriétaires où l’on se répartit les charges, qui vont aider. Cela m’inquiète profondément. Il faut un sursaut. Il est grand temps de renverser la table.

Aux élections départementales, la poussée des Verts s’est confirmée. Comment l’analysez-vous ?

La poussée EELV est confirmée oui… sur un tiers de l’électorat, et dans les centres urbains. Mais je ne crois pas que l’idéologie défendue par les candidats verts soit plébiscitée, même par ce tiers-là. Les cadres d’EELV sont en vérité des anticapitalistes masqués, qui partagent souvent les idéologies woke et cancel culture, venues des États-Unis et qui sont moins des amis de la planète que des idéologues communautaristes, parfois même obscurantistes qui trompent les électeurs. Il est temps de mettre au jour cette imposture. De dire que les vrais écologistes ne sont pas à Europe Écologie Les Verts, mais dans les partis républicains, qui défendent la science, le progrès, l’universel, mais aussi l’école de la République, l’ordre républicain, la laïcité, la méritocratie, et le travail qui émancipe. Pas chez ceux qui, utilisant l’environnement comme un fonds de commerce, dévoient les valeurs françaises. C’est pour cela que voir une frange du Parti socialiste sombrer dans des alliances avec EELV ou LFI heurte tous ceux issus de la gauche républicaine. Moi je n’oublierai pas Jaurès, son combat pour l’universel, sa volonté de « partir du réel pour aller vers l’idéal ».

À moins d’un an de l’élection présidentielle, le parti LREM est en difficulté. C’est inquiétant ?

Tous les partis, et en vérité toutes les organisations intermédiaires traditionnelles, sont en difficulté : syndicats, organisations religieuses, associations. LREM d’ailleurs est née de cela. Elle a cherché à proposer autre chose, de nouvelles formes d’engagement. Y sommes-nous parvenus ? Je ne le crois pas. Nous n’avons ni su créer un sentiment d’appartenance militante, ni élaborer un corpus idéologique novateur. Je pense que ce n’est pas trop tard. À une condition : c’est que la volonté de se mettre au travail dure plus d’une ou deux semaines. Je m’inquiète beaucoup de cela : des déclarations d’intention qui restent lettre morte, de l’amnésie collective. Regardez sur un autre sujet : les sondages. Tout le monde dit qu’ils se sont trompés. Et voilà que trois jours après, les mêmes commentent avec assurance les sondages de l’élection présidentielle de 2022. Je ne veux pas, sur LREM, que nous nous disions : il faut tout changer. Et que nous nous réveillons à la rentrée sans aucun changement. C’est trop important : c’est en créant une force politique centrale que nous pourrons faire réélire le Président de la République.

Le président Emmanuel Macron doit-il se représenter ?

Je souhaite que le Président Emmanuel Macron se représente et soit réélu. Chacun reconnaît, sur le terrain, que les Français ont bien fait de choisir ce capitaine en 2017 pour tenir la barre ces quatre dernières années. Imaginiez si ça n’avait pas été lui : les crises internationales, l’Europe, la gestion du Covid, je crois que le pays ne serait pas en si bonne posture. Et puis, nous avons commencé à changer le concret des vies : créé des postes de service public de proximité, remis l’école au centre, pris à bras-le-corps la santé, l’emploi, la sécurité, la souveraineté, la maîtrise des frontières, investi dans l’Europe, acté des décisions historiques sur l’écologie avec, par exemple, la fermeture des centrales à charbon. Tout a-t-il été parfait ? Non. Je suis le premier à dire que nous n’allons pas assez vite et assez loin. Mais la direction est la bonne. Et nous avons su écouter, nous corriger parfois.

Allez-vous vous représenter à la députation ?

Je me suis, depuis le premier jour, totalement engagé dans ce mandat. Autour de quelques priorités républicaines : le recrutement d’enseignants, de policiers, de magistrats, l’accompagnement des entrepreneurs et des associations, des budgets justice, éducation nationale et santé historiques. J’entends travailler sur le grand chantier du service public de l’accompagnement des aînés. Cette grande ambition sera l’honneur de la France. Je veux donc continuer à servir les Français et les habitants de Rennes, Mordelles, Le Rheu, Vezin-le-Coquet, Saint-Jacques-de-la-Lande, Chavagne, Saint-Gilles, L’Hermitage et Cintré. Je prendrai ma décision en début 2022. En responsabilité et en liberté.

Vous aviez dit que vous ne commenteriez pas le cas du député Rennais Mustapha Laabid, condamné pour abus de confiance. Vous avez changé d’avis ?

Je suis, comme avocat et citoyen, viscéralement attaché aux grands principes du droit, Je crois que l’autorité procède à la fois du respect non négociable de ces principes et de l’exemplarité. J’ai notamment pour discipline deux lignes directrices claires. Justice devant les tribunaux, jamais dans les médias ou les réseaux sociaux. Présomption d’innocence tant qu’aucune décision définitive n’a été prise. Aujourd’hui, une condamnation définitive a été prononcée. Là aussi, je suis très clair : tout acteur public condamné doit démissionner immédiatement. C’est une question d’exemplarité et, dans le moment de défiance que nous vivons, de responsabilité. Ne laissons pas le « tous pourris » s’installer. Le moment que nous traversons est trop grave.

 

Ouest-France, Propos recueillis par Vincent JARNIGON.