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Bretons Magazine [Portrait] « Florian Bachelier, ton sur ton avec Macron »

Une tête bien faite, un poste de député à responsabilité à l’Assemblée nationale et une date de naissance récente : Florian Bachelier correspond aux valeurs du nouveau monde.

Forcément, la Macronie lui va bien au teint. Installé dans son bureau de premier questeur de l’Assemblée nationale, d’où il copilote un budget de fonctionnement du parlement à plus de 500 mil- lions d’euros, Florian Bachelier ne pourrait pas dissimuler une date de naissance située en 1979. Il fait partie de ces trentenaires aux études irréprochables et aux costumes impeccables qui gouvernent la France avec Emmanuel Macron. Passionné de littérature en général, celui qui partage avec le président breton du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale un tropisme pour René Char a d’abord fait des études scientifiques. Poussé par une société fascinée par les ma- thématiques, un bac S en poche, Florian Bachelier hésite entre l’aviation civile et la marine marchande. Au fond de lui néanmoins, le futur député est déjà un passionné de sciences politiques. Dès 1995, il a adhéré au Parti socialiste. Il mûrit son identité poli- tique lorsqu’il continue ses études à Rennes, en rejoignant la faculté de droit après s’être forcé pendant un an à suivre les cours

d’une école d’ingénieur de la région parisienne. “Politiquement”, explique-t-il, “je me sentais très mitterrandien, pour sa capacité à incarner la geste républicaine, et rocardien sur le fond.” Son père est cégétiste et électeur occasionnel d’Arlette Laguiller ? Le fils se définit comme appartenant à la “gauche du réel”.

Content de payer des impôts

Étudiant boursier, “caricature d’enfant de la République”, sourit-il, Florian Bachelier alterne à Rennes révisions et petits boulots avant de devenir avocat d’affaires en 2005, associé en 2007 et numéro un d’un cabinet de quatre-vingts collaborateurs en 2011, travaillant et vivant entre la Bretagne et Paris. Spécialisé dans le domaine du numérique et les partenariats public-privé, l’avocat rencontre les équipes d’Emmanuel Macron lorsque celui-ci occupe le poste de ministre de l’Économie. Le 10 avril 2016, soit au premier jour de l’existence du mouvement En Marche !, il adhère sans se poser de question. Bachelier devient

référent En Marche ! pour l’Ille-et- Vilaine et sera candidat aux élections législatives, au terme d’une campagne présidentielle où il s’implique. Le voilà aujourd’hui premier questeur de l’Assemblée nationale, un poste convoité et pour lequel il résume sa philosophie : “Pour moi, la rationalisation de la dépense publique, c’est de la solidarité. Moi, l’ancien boursier, j’ai toujours été content quand j’ai commencé à payer beaucoup d’impôts”. Et d’ajouter, pour bien se faire comprendre : “Je suis un Bigouden, donc je fais attention…” Ses aïeuls sont Finistériens. Et pas de n’importe où : les grands- parents paternels travaillaient, pour monsieur, à l’arsenal de Brest, pour madame, comme couturière. Quant aux grands-parents maternels du député, ils sont de Camaret, au bout de la presqu’île de Crozon, au sud de Brest. Le grand-père maternel de Florian Bachelier est ce qu’on appelle un “Mauritanien”. Embarqué comme mécanicien sur un immense langoustier, il allait pêcher dans les eaux chaudes de la Mauritanie, ne revenant que de longues semaines plus tard, bronzé et usé. Son épouse, Albertine, demeure l’une des grandes figures comptant dans la vie de l’élu d’Ille- et-Vilaine. Albertine gère durant l’absence de son mari une petite exploitation agricole. Elle élève ses sept enfants, et confie quelques tâches à ses petits-enfants : c’est ainsi que, plus jeune, Florian Bachelier découvrira le commerce en vendant des légumes sur le marché de Camaret.

Bachelier pourrait en vouloir à l’armée : elle a longtemps éloigné sa famille de sa terre d’origine. Son père, après un service mili- taire passé dans l’est de la France, décide de s’y établir. Il trouve à l’issue de ses obligations sous le drapeau un emploi d’ouvrier, tan- dis que sa femme devient assis- tante maternelle. La Bretagne se vivra donc désormais par contumace et par à-coups. Florian

Bachelier multiplie les allers-retours sur la côte pour exercer durant pas moins de onze saisons comme moniteur de voile au club Léo-Lagrange de Camaret. Bateaux habitables, voile légère et planche à voile : il possède les trois brevets pour enseigner ces disciplines. Mais les premières images, marquantes, sont celles

qui demeurent vives : “Un lieu me revient particulièrement”, raconte Bachelier. “Il s’agit d’un rocher en hauteur à Lambezen. Je m’y postais durant mes vacances d’écolier pour y admirer la vue sur la baie de Camaret. C’était un rocher entouré de landes, situé non loin de la pointe de Pen-Hat et du sémaphore du Toulinguet. Bien évidemment, ce rocher et les premières émotions bretonnes qu’il m’a procurées ont forgé chez moi un fort sentiment d’appartenance.

Par Denis Tugdual

Photo : Emmanuel Pain