Tribunes

JDD [Tribune] Florian Bachelier « renvoie dos à dos Taubira et Salvini »

TRIBUNE – Florian Bachelier, député LREM d’Ille-et-Vilaine, signe une tribune sur le bateau humanitaire de l’Aquarius en quête d’un port pour accoster cette semaine. Son texte « renvoie, dit-il, dos à dos Kouchner, Cohn-Bendit et Taubira d’une part, et Salvini, Orban et Kurz d’autre part ».

Le député La République en marche Florian Bachelier signe une tribune « renvoyant, dit-il, dos à dos Kouchner, Cohn-Bendit et Taubira d’une part, et Salvini, Orban et Kurz d’autre part ». Celui qui est aussi premier questeur de l’Assemblée dénonce les « tenants de la bonne morale » qui avaient « lors de la première ‘séquence’ de l’Aquarius [refait] surface médiatiquement quelques heures » et « les professionnels de la bonne conscience prétendument de gauche n’ont empêché ni les 13.000 morts en méditerranée, ni le retour des nationalistes dans toute Europe ».

« Quatre décennies de tribunes de salons commises par les professionnels de la bonne conscience prétendument de gauche n’ont empêché ni les 13.000 morts en méditerranée, ni le retour des nationalistes dans toute Europe.

Aquarius ou la nouvelle trahison des clercs
Il existe, dans notre pays, une gauche conservatrice, toujours plus prompte à dénoncer qu’à agir. Elle préfère systématiquement convoquer l’Histoire, la sienne fantasmée de préférence, plutôt que de contribuer à y apporter sa part. Elle a une propension à s’arroger les valeurs de solidarité et d’humanisme sans jamais s’interroger sur son propre bilan. Il y a bien longtemps que cette gauche des postures éculées ne propose plus rien et trahit la mémoire de ses grandes figures tutélaires qui elles, s’indignaient, certes, mais agissaient toujours.

A grands coups de tribunes outrancières, les néo-moralistes s’éloignent chaque année un peu plus des valeurs fondamentales que portait la gauche historique et de la responsabilité que nous devons collectivement assumer.

Celle d’être au rendez-vous de l’idéal européen et de son histoire, sans céder aux facilités oratoires et aux raccourcis simplistes.

Celle de retrouver la crédibilité perdue d’une Europe qui se crispe et qui apparait trop souvent dépassée par l’accélération des mutations du monde.

Celle enfin de redonner à la France toute sa place dans le concert des nations, celle-là même qu’elle a perdu à force d’émotion surjouée et d’inaction coupable.

La première ‘séquence’ de l’Aquarius avait permis aux tenants de la bonne morale de refaire surface médiatiquement quelques heures en fustigeant l’action du Président de la République et en instruisant le procès en inhumanité de sa majorité.

Mais c’est bien l’engagement personnel du Chef de l’Etat qui a permis in fine de trouver un accord, le 28 juin dernier, alliant indispensable solidarité et nécessaire responsabilité.

C’est par le courage de l’action que la France retrouve sa place, celle du socle d’une Europe bousculée.

Nul n’est au demeurant besoin de rappeler que c’est l’impuissance de la France à faire entendre sa voix en 2016 qui a conduit une Chancelière de droite chrétienne à sauver l’honneur de l’Europe. C’est la trahison de la déchéance de nationalité qui a contribué à rendre possible le retour humiliant des nationalistes de toute l’Europe.

C’est l’absence de coopération européenne concrète depuis des années entre pays qui connaissent ontologiquement le prix des nationalismes et de la guerre, c’est l’absence de courage politique dans la lutte contre le trafic d’êtres humains, c’est l’absence de détermination à assumer effectivement les solidarités entre partenaires et au-delà qui ont permis au camp des nationalistes – que nous pensions encalminés dans les fosses putrides de notre Histoire – de revenir au-devant de la scène européenne.

Nous avons laissé, au cours des dernières décennies, se développer les fonds de commerce des peurs attisées par les clans nationalistes Le Pen, Salvini et Orban.

Il était plus facile d’accuser l’Europe de nos propres turpitudes et lâchetés, de rédiger de belles tribunes de salons que de prendre nos responsabilités en allant négocier les accords au seul niveau où se situe cet enjeu de développement, de sécurité, de fraternité et de paix, l’Europe!

La deuxième ‘séquence’ de l’Aquarius a démontré cette semaine que le courage politique permet, sans céder à l’émotion du temps court et aux professionnels de l’indignation, de construire des solutions concrètes avec ceux de nos partenaires européens qui ne se cachent pas derrière l’abstention coupable et l’impotence mortifère.

C’est cette méthode qui remettra l’Europe à la hauteur de son ambition, qui nous permettra d’assurer à la fois notre sécurité et de recouvrer la fierté d’appartenir à une nation, un continent et une Histoire qui accueille comme il se doit les femmes et les hommes qui n’ont pour d’autre choix que de fuir la guerre.

C’est en ne cédant rien ni aux cyniques, ni aux somnambules que nous, Français d’Europe, incarnerons réellement les valeurs qui ont fait et font notre Nation et que nous ferons cesser l’insupportable trafic d’êtres humains en Méditerranée.

C’est le combat essentiel des progressistes européens.

La mémoire de nos 13.000 sœurs et frères qui reposent au fond de l’eau oblige chacun d’entre nous à ne pas se contenter de la vacuité des discours qui réchauffent les cœurs ou effraient les ventres mais qui tuent les Hommes. »