Tribunes

JDD [Tribune] « Un cap, le Parlement du 21e siècle »

Le monde a changé. Partout, les mutations s’accélèrent, les certitudes et les dogmes vacillent et nos organisations s’en trouvent profondément bouleversées. La temporalité de l’action publique n’échappe pas à ces grands mouvements du monde. Ce constat nous oblige à agir pour redonner du sens à notre action et pour que le Parlement retrouve sa crédibilité, sa force et sa place. Le moment est historique. Il s’agit pour chacun de le comprendre au risque de continuer à creuser le fossé qui sépare, depuis trop longtemps, les Français de leurs responsables politiques. Le Parlement doit correspondre à son siècle. C’est la raison pour laquelle nous avons, au sein de l’Assemblée nationale, fixé un cap et une méthode. Nous n’en dévierons pas car c’est le mandat fort et clair que nous avons reçu des Français.

En portant aux responsabilités une majorité indéniablement plus représentative, nos concitoyens ont envoyé un signal fort. Par leur vote, ils ont exprimé leur attente d’une Assemblée nationale plus exemplaire, plus économe, plus moderne et plus efficace. Plus jeune, plus féminine et plus diverse, notre institution est davantage à l’image du pays. Elle est également plus à sa tâche du fait de l’interdiction du cumul des mandats. La proposition d’introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives sera une garantie que le mouvement que nous avons engagé se poursuivra, après notre mandature.

Face à la montée sans cesse croissante de l’abstentionnisme dans notre pays et à la radicalisation des populismes, notre majorité a parfaitement conscience du délitement du lien de confiance qui s’opère entre les Français et leurs élus depuis des décennies. L’exigence d’exemplarité est désormais une évidence pour chacun. Nous avons donc souhaité redonner du crédit et du sens à la parole publique en commençant par mettre fin à des avantages n’étant plus justifiés. C’est en ce sens que l’alignement immédiat sur le droit commun des régimes de retraite et chômage des députés fait figure de symbole.

Sur le plan de la transparence, nous sommes résolus à apporter à chaque question une réponse. Nous croyons que ce n’est pas l’excès de transparence qui nourrit la défiance mais au contraire le fantasme issu du secret. A l’heure où l’argent public est précieux comme jamais, nous voulons également une assemblée plus économe, plus rationnelle et plus responsable sur le plan budgétaire. Ne tentons pas d’opposer, par paresse intellectuelle, l’exemplarité budgétaire à la qualité du service rendu. La participation des responsables politiques à l’effort général, au-delà de l’évidence du symbole là aussi, permet de repenser une organisation parfois devenue, sous certains aspects, déconnectée et de redéployer les économies sur les objectifs et les investissements prioritaires.

C’est ce que nous faisons, avec notre majorité, depuis un an en menant deux chantiers fondamentaux : le « rattrapage » numérique et le renforcement des moyens de travail des équipes parlementaires pour permettre à chaque député d’exercer avec sérieux sa mission. A la vitesse où notre monde change, nous croyons que le Parlement doit changer lui aussi. Notre assemblée doit se moderniser. Pour accomplir notre mission constitutionnelle de rédaction de la loi, de contrôle de l’exécutif et d’évaluation des politiques publiques, nous pouvons nous appuyer sur des personnels d’excellence et des collaborateurs dévoués, tous engagés intensément au service de l’intérêt général.

Néanmoins, la très grande qualité de nos équipes ne doit pas nous empêcher de repenser ensemble l’organisation de l’institution en tirant constat de l’évolution des fonctions, des métiers et tout simplement de nos façons de travailler et de rendre compte. Déterminés à ne céder à aucun conservatisme ni à aucune rente, c’est avec méthode et dans un dialogue permanent que nous devons poursuivre ce chantier absolument essentiel pour tous.

Le statut de la fonction publique parlementaire, dont l’essence même permet de garantir l’indépendance de notre institution, ne doit pas être un sujet tabou à quelque endroit de la « chaîne ». Il doit évidemment être préservé dans ses fondements tout en s’adaptant aux bouleversements du monde. Il nous faut également penser des outils plus performants comme un pilotage plus précis des ressources humaines, une direction des achats ou encore la numérisation de certaines missions. L’Assemblée nationale ne doit pas être hors du temps et hors du monde. Il en va de la place même que doit occuper notre Parlement.

La réforme institutionnelle doit également nous permettre de rechercher partout l’efficacité au service des français. Elle sera enrichie de l’expérience des parlementaires qui, chaque jour, se heurtent à des obstacles et à des inerties dans l’exercice de leur mandat. La réécriture du règlement et du règlement budgétaire et financier de l’Assemblée nationale, souhaitée par le président de Rugy, est une occasion exceptionnelle de repenser en profondeur notre organisation, en ayant toujours comme boussole l’efficience au service des français.

Tout en gardant constamment à l’esprit le caractère exceptionnel de notre modèle institutionnel, nous ne devons pas non plus nous interdire de regarder ce que font nos partenaires européens. Nous devons assurément penser de manière différente notre façon d’écrire la loi, de contrôler le gouvernement et d’évaluer les politiques publiques. C’est parce que notre assemblée souffre de méthodes de travail parfois éculées qu’elle perd en efficacité et donc en crédibilité aux yeux des français. C’est en se saisissant avec force de tous ces enjeux que le Parlement retrouvera son souffle et sa place, soixante ans après l’adoption de notre Constitution.

Le cap et la méthode sont fixés. L’histoire nous regarde et nos concitoyens attendent de nous que nous fassions preuve de courage. Courage de nommer les difficultés et de bâtir des solutions parfois venues d’autres horizons. Courage de ne rien céder ni aux cyniques, ni aux somnambules, ni aux conservateurs. Courage de faire aujourd’hui ce que d’autres n’ont pas fait hier. Pour cela, nous devons nous rappeler chaque jour du sens et du moment. Le temps est venu de faire entrer le Parlement dans le XXIe siècle.