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Le Figaro [Article] « Sous beaucoup de gilets jaunes, les chemises brunes sont de plus en plus visibles »

INTERVIEW – Le premier questeur de l’Assemblée nationale, député d’Ille-et-Vilaine, appelle à «accélérer la transformation» et dénonce «l’irresponsabilité des pseudo-responsables politiques qui jouent avec la colère».

LE FIGARO. – Comment réagissez-vous face au mouvement des «gilets jaunes»?

Florian BACHELIER. – Nous n’avons pas découvert cette colère le 17 novembre. Ce n’est pas nouveau pour nous. En arrivant aux responsabilités, nous n’avons pas assez dit, peut-être, l’état de fracturation de la société française, les 2300 milliards d’euros de dette, les 25% de jeunes au chômage. Nous avons fait le choix plutôt d’augmenter les salaires tout en diminuant la pression fiscale, en faisant en sorte d’embarquer toute la société dans cette transformation. Si certains pensent que ce qu’on fait n’est pas à destination des classes moyennes et des classes modestes, alors oui nous avons des marges de progression. Il n’est pas normal par exemple que les politiques publiques mettent autant de temps à s’appliquer. Il faut accélérer la transformation, quitte à faire pression sur les directeurs des administrations centrales. La colère est l’expression de ce que produit la défiance accumulée envers les représentants.

Quelles réponses faut-il apporter à cette contestation?

Il faut vérifier sur le terrain que les mesures sont appliquées. Je pense par exemple au dispositif «devoirs faits», au «reste à charge zéro». Il faut répondre en ne trahissant pas, en changeant concrètement la vie des Français. Les engagements pris doivent être traduits en actes. Il faut retisser le lien de confiance, c’est ce que nous faisons en arrêtant de faire l’inverse de ce que nous disons. Il faut aussi affiner le calendrier d’accompagnement. Nous sommes les derniers à pouvoir nous louper.

Comprenez-vous le ras-le-bol fiscal qui s’exprime?

Les gouvernements précédents ont augmenté les impôts, ce n’est pas notre cas. L’idée selon laquelle l’ISF serait un cadeau aux riches n’est pas sérieuse. En réalité, on va évaluer pour voir si le dispositif est efficace, profite bien aux entreprises. Moi le premier message que j’entends, quand je rentre à Rennes, c’est «ne lâchez rien». Nous ne sommes pas entêtés, mais déterminés à changer la vie des gens.

L’exécutif doit-il adresser des signes d’ouverture en direction des syndicats comme la CFDT, qui vous a lancé un appel?

En réalité, les relations avec les syndicats existent déjà en permanence sur le terrain. C’est comme avec les maires. Nous n’avons pas le temps, ni l’espace pour nous amuser à être inefficaces. Il faut embarquer tout le monde, c’est pour ça qu’on travaille avec les syndicats, les associations, les élus.

Craignez-vous une radicalisation du mouvement?

Je reçois avec humilité les colères, même si dans un contexte de menace terroriste, les forces de l’ordre sont très mobilisées. Je suis moi-même en colère pas contre les «gilets jaunes», mais contre le fait que des pseudo-responsables politiques – d’extrême droite et pas seulement – jouent avec ça. Je pense à Marine Le Pen, à Nicolas Dupont-Aignan. Car sous beaucoup de «gilets jaunes», les chemises brunes sont de plus en plus visibles. Il y a ceux qui sont en colère, et ceux qui s’en servent et engendrent des situations inacceptables, insupportables, des pressions, du racisme, de l’homophobie. Ces responsables légitiment une forme de violence. Il faut sanctionner tous les comportements de violence et les propos qui ne doivent pas être tenus. Je dénonce une récupération par des milices factieuses d’extrême droite. Quand le lien est rompu, c’est la République des milices. Quand j’entends qu’il existe cette colère parce qu’on est aux responsabilités depuis 18 mois, c’est se moquer des Français. Ce que l’on paye aussi, c’est la vacuité des oppositions, qui ne proposent plus rien. Nous n’avons plus le temps ni pour la naïveté, ni pour le cynisme.