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LE MENSUEL DE RENNES [Interview] « Attendez-vous à une rentrée déterminée et volontariste »

Le Mensuel : Trois mois après votre élection, quelle appréciation portez- vous sur le travail parlementaire mené par votre majorité ?

FLORIAN BACHELIER : Efficace ! 18 textes adoptés, 33 séances publiques, 134 heures de débats, 1 341 amendements examinés, 195 amendements adoptés dont près d’un quart émanant de l’opposition, 119 scrutins publics…

La majorité, menée par son président Richard Ferrand, a plus que tenu les engagements pris pendant la campagne : faire ce qu’on avait annoncé, notamment sur deux chantiers essentiels. Celui de la refondation de notre modèle social –c’est-à-dire s’attaquer dès le début et frontalement à cette maladie française du chômage de masse– et celui de la restauration de la con ance en l’action politique.

La chute enregistrée par Emmanuel Macron dans les sondages vous inquiète-t-elle ?Aucunement. Emmanuel Macron et sa majorité ont été élus pour mener à bien les transformations profondes de notre pays. Les Françaises et les Français ont bien conscience que le monde autour de nous mute et que rien ne serait pire que l’inaction. C’est cette exigence qui mène l’action qui est la nôtre au quotidien.

Le gouvernement s’attend à « une rentrée sportive ». Partagez-vous cet avis ?

Mon avis est que nous avons été élus pour accomplir une mission claire de transformation radicale de notre pays. Il s’agit de tourner la page des trente der- nières années, notamment en termes de lutte contre le chômage de masse ou de modèle scolaire.

Attendez-vous de notre part à une ren- trée déterminée et volontariste. Au-delà des postures des conservateurs de tous bords, il y a urgence à simpli er l’accès à la formation et l’embauche. Notamment pour les plus jeunes d’entre nous.

Cet été a été marqué par la démission du chef d’Etat-major des Armées (CEMA), Pierre de Villiers. En qualité de député membrede la commission de la Défense,que répondez-vous à ceux qui ont trouvé « excessive » la réaction du président de la République ?

Je leur conseille de relire notre Constitution qui précise, en son article 15, que le président de la République est le chef des Armées.

N’a-t-il pas sanctionné un CEMA sur la base d’un récit indirect, décrivant une situation aux députés, a priori, conforme à celle que connaissentles militaires ?

Personne n’a été sanctionné. Un CEMA a donné son avis en commission Défense et sur les réseaux sociaux. Il a ensuite assumé les conséquences d’un désaccord avec le chef des Armées en démission- nant. C’est tout à son honneur et j’ai pu le saluer à ce titre et adresser mes vœux de succès à François Lecointre, notre nouveau CEMA, le 20 juillet.

J’ai rappelé à cette occasion que le contrôle du politique sur le militaire est l’un des piliers de notre Etat de droit et que, dans cet épisode, chacun est bien resté dans son rôle.

Cette réaction n’est-elle pas de nature à entraîner une prudence oratoire des personnes auditionnées par les députés, au risque de leur livrer des réalités tronquées ? Devant notre Commission, comme devant les autres, j’ai la faiblesse de penser que chacun s’exprime librement et « en même temps » en responsabilité. La décision de geler 850 M€ de crédit dans le budget des Armées

en 2017 a été sévèrement critiquée, notamment par votre collègue,le député morbihannais Gwendal Rouillard (EM). Le fait que ces critiques viennent directement d’un très proche du ministre Jean-Yves Le Drian n’est-il pas un élément significatif ?

Je ne rentrerai pas dans ce type de polémique. Je ne souhaite pas commenter les commentaires. Jean-Yves Le Drian n’a, me semble-t-il, besoin d’aucun intermédiaire pour échanger avec le président de la République et le premier ministre. Là-encore, je pense que certains commentateurs nourrissent une forme de frustration du romancier.

Où en est le mouvement En marche au niveau départemental. On a quelques difficultés à y voir clair dans les chiffres d’adhérents.

Fin août, EM35 a envoyé un communiqué indiquant qu’il en réunissait 7 000. En même temps, le décompte des adhésions aux différents comités locaux du département publié sur le site d’EM en recense 2 300. 7 000 ou 2 300 : quel est le bon chiffre ?

Notre mouvement se porte très bien. Le plus simple est d’appeler Carole Gandon2, l’actuelle référente, et l’équipe départementale. Ils vous indiqueront les derniers chiffres.

La désignation d’un référent départemental par les instances nationales d’EM est prévue par les statuts adoptés en juillet. Depuis votre élection, Carole Gandon est référente du mouvement « par intérim » en Ille-et-Vilaine. A-t-elle vocation à poursuivre ce rôle ?Par définition l’intérim n’est pas perpétuel. Le mouvement désignera très prochainement l’ensemble de ses référents départementaux (cette désignation est prévue début septembre, à l’heure où nous bouclons, NDLR).

Selon nos informations, les instances parisiennes d’EM semblent réfractaires à ce que Carole Gandon prenne les rênes locales du mouvement. Des cadres bretiliens ne voient pas cela d’un bon œil non plus. La raison invoquée repose principalement sur lefait qu’elle est votre compagne. Comprenez-vous cette défiance ?Je n’ai pas du tout les mêmes informations. Pour bien connaître à la fois les « instances parisiennes » et l’ensemble des « cadres bretiliens », l’équipe départementale et les élus, je puis vous rassurer sur ce point. Le fait d’être une compagne ou un compagnon n’entre pas dans les critères de disqualification du mouvement En marche. Pas plus en Ille-et-Vilaine qu’ailleurs. Les seuls critères prévalant sont ceux de la compétence et de la légitimité dans ce mouvement progressiste. La « synthèse des ateliers » menée cet été avec vos militants d’Ille-et- Vilaine indique que ces derniers souhaitent la création d’un « siège départemental, disposant de salles

de réunion et d’un budget de fonctionnement ». Cette demande sera-t-elle satisfaite ?C’est un point à voir avec l’équipe départementale3.

Ancien militant socialiste, pouvez- vous nous confirmer avoir sollicité une place sur la liste présentée par le PS aux municipales à Rennes

en 2014 ?

J’ai été adhérent PS tendance DSK (Dominique Strauss-Kahn, NDLR) quelques années. Ça, je vous le con rme et je ne l’ai jamais caché, pas plus que mes origines politiques.

J’ai échangé à l’époque sur la composition de la liste présentée par le PS, pensant qu’une « ouverture » à la société civile pouvait être pertinente.

Votre proximité avec le PS rennais ainsi que celle de plusieurs de vos collègues élus en juin a suscité un certain nombre de commentaires durant la campagne. Que répondez- vous à ceux qui estiment qu’EM35 se révèle « recyclerie » des déçus du PS rennais ?

Que n’avons-nous pas entendu pendant cette campagne ? On nous a reproché d’être une bulle, une fantaisie, un hologramme, d’être ultra libéraux, d’être une recyclerie de gauche, d’être trop au centre, de ne pas avoir de programme, d’avoir un programme trop à droite, trop à gauche…

Heureusement, les Français ont fait le choix clair de passer outre ces quelques commentaires doctes en plaçant à quatre reprises et sans ambiguïté notre pro- gramme en tête des su rages.

Cet été, la conseillère régionale et municipale Hind Saoud est devenue collaboratrice de votre collègue, le député Mustapha Laabid.

Je me félicite de la collaboration d’Hind Saoud. Non pas uniquement parce qu’elle est mon ancienne voisine de cité universitaire, mais parce qu’elle apportera à l’équipe de Mustapha Laabid une compétence et une expertise solide complémentaires. La possibilité de voir naître un groupe EM au sein de la majorité régionale existe-t-elle ? Y travaillez-vous ?J’ai, plus que du respect et de l’estime, de l’amitié, pour le président Chesnais- Girard. La création d’un groupe EM à la Région ne me semble pas être la priorité immédiate et surtout, me concernant, pas l’objet du mandat que les Bretonnes et Bretons m’ont confié.

A l’issue de la campagne des législatives, vous avez indiqué qu’EM avait vocation à présenter une liste aux futures municipales rennaises. Pouvez-vous citer quelques exemples de projets concrets qui pourraient être portés localement Je vous confirme que le mouvement politique le plus important de France a vocation à présenter des listes à toutes les élections à venir. Je mesure votre impatience. Elle me semble partagée par un grand nombre de Rennaises et de Rennais rencontrés pendant la cam- pagne. Mais, comme nous l’avons fait pendant nos campagnes, nous allons suivre notre méthode et notre agenda. Cela ne me semble pas être la priorité immédiate et surtout, me concernant, pas l’objet du mandat que les Bretonnes et Bretons m’ont con é.

Que pourriez-vous apporter de plus ou de différent que l’actuelle majorité ?Encore un peu de patience…

 

Quel candidat investir pour briguer la municipalité ? Irez-vous le chercher parmi ceux qui n’ont pas reçu l’investiture aux législatives ?

La ou le mieux placé(e) au moment M. Cependant, rassurez-vous, le vivier des ressources ne manque pas et va continuer à se densifier.

Après un quatrième échec début 2017 à l’obtention des fonds de recherche Idex, un nouveau projetde structuration des universités rennaises a été porté par la direction des deux facultés et de quatre grandes écoles (ENSCR, ENS, Sciences po et l’Insa) au ministère mi-juillet. 49 millions d’euros de financement sur dix ans sont à la clef. Etes-vous intervenu auprès du ministère pour que ce projet soit accepté ? Savez-vous s’il est en bonne voie ?Je pense que nous devons en urgence prendre conscience des conséquences du virage qui a été « mal négocié » sur ce sujet essentiel pour le territoire rennais et au-delà.
Je réunirai dans les prochaines semaines l’ensemble des acteurs concernés, pour partager ensemble sur les conditions et les modalités permettant à l’université rennaise de reprendre rapidement la place qui doit être la sienne. Je suis et serai, sur ces sujets, évidemment en lien avec le ministère.